Jean-Marie Lebas de Lachesnay a vécu jusqu’à l’adolescence à l’île de La Réunion, son pays natal…
Après une période parisienne, il séjourne pendant deux années à La Martinique puis il retourne à Paris, où il débute une carrière de consultant en informatique avant de la poursuivre en Normandie puis au Canada où il crée sa propre entreprise. À son retour d’Amérique du Nord il rejoint, de nouveau à Paris, un grand cabinet de conseil en organisation et informatique avant de créer sa propre structure. Désormais, il vit en partie à l’île aux Nattes, Madagascar et en partie en Normandie où il se consacre essentiellement à l’écriture en tant qu’auteur indépendant.
Les voyages et les découvertes lointaines ont jalonné son parcours avec pas moins de 33 pays visités. Ses écrits sont empreints des images, des perceptions et des enrichissements que lui ont apporté ses nombreuses pérégrinations.
Il est père de deux filles.
INTERVIEW RÉALISÉ PAR PHILIPPE BONALDI LE 17 AVRIL 2021
- Bonaldi : Qu’éprouvez-vous avant la sortie de votre dernier roman ?
- Lebas de Lachesnay : J’éprouve un réel soulagement et une grande fierté. Soulagement d’avoir enfin pu écrire le mot FIN car il n’est pas du tout évident de décider quand l’histoire que l’on a voulu raconter est achevée. Fierté d’être sorti de ma zone de confort et d’avoir donné vie à des personnages dans des contextes et des lieux qui me sont parfaitement étrangers. L’accueil qui sera fait à Argent Trouble me permettra de dire si ce pari a été réussi ou non.
PB : Argent trouble est votre quatrième ouvrage. Percevez-vous une évolution dans la façon dont vous écrivez ?
JML : Sans aucun doute. Argent Trouble est un thriller dont les thèmes centraux sont le pouvoir, l’argent sale, les paradis fiscaux, le chantage, la grande criminalité, le piratage informatique et la divulgation. La limite que je devais me fixer dans la description de certaines situations où se trouvent mes personnages a été une préoccupation dont il fallait que je m’affranchisse. Cela concerne le sexe ainsi que la violence qui est inhérente à l’univers dans lequel ces personnages évoluent. Je me suis efforcé de ne pas penser à ma famille et à mes proches qui sont mes premiers lecteurs. J’ai abordé l’écriture de ce roman avec l’intention de m’autoriser une plus grande liberté. De me défaire de cette « pudeur de gazelle » que je m’imposais inconsciemment jusqu’alors. Sinon, je suis, je le crois, beaucoup plus exigeant qu’auparavant.
PB : Comment a démarré chez vous l’envie d’écrire ?
JML : J’ai pratiqué un métier, le consulting, où l’écrit tenait une place importante. Mes clients me demandaient toujours de rédiger leurs interventions. Ils trouvaient que j’avais souvent la bonne formule et le style approprié. Mais, le vrai déclencheur a été ce concours d’écriture auquel je me suis prêté en Italie et que ma compagne italienne de l’époque, auteure elle-même, avait traduit pour l’occasion. Les retours avaient été très encourageants. Cela m’a donné envie de continuer.
J’éprouve une réelle jubilation à créer une histoire, à y installer des personnages, à leur inventer des caractères et des vies parfois improbables. Je m’amuse aussi beaucoup lorsque j’ajoute des notes d’humour dans des situations plutôt dramatiques. J’aime également faire des clins d’œil au cinéma et à la musique. Pour Argent Trouble, par exemple, le titre même rappelle Agent Trouble de Jean-Pierre Mocky. Les titres de chapitres tels que Un très sombre dimanche est une référence à la chanson Gloomy sunday interprétée par Billie Holiday, Ils ne vieilliront pas ensemble au film de Maurice Pialat et L’ange de la mort au film de Nicolas Winding Refn. Je dois avoir quatre synopsis en réserve mais je vais d’abord « faire mon deuil » des personnages d’Argent Trouble, avec qui je « cohabitais » depuis plus de deux ans, avant de m’attaquer au suivant.
PB : Aimez-vous tous les ouvrages que vous avez écrits ?
JML : Oui, tous. Si cela n’avait pas été le cas, je ne les aurais jamais « exposés ».
Une nouvelle dans un contexte de concours d’écriture, un récit autobiographique, une fiction policière ayant pour cadre l’île de la Réunion, ma terre natale et enfin, Argent Trouble un thriller plus noir. Je ne boude pas mon plaisir pour ce que je considère comme des accomplissements.
PB : Quelles sont vos influences ?
JML : Je n’ai pas de réponse à cette question. Je ne peux pas dire que je m’attache à un auteur ou à un style. Mes dernières lectures sont : Racée de Rachel Khan, Origine Paradis de Thierry Brun, Corruption de l’Américain Don Winslow, Taquawan du Québecois Eric Plamondon, La mort selon Turner du Britannique Tim Willocks et Un monstre est là, derrière la porte de Gaëlle Bélem, une compatriote réunionnaise talentueuse. Et bientôt, ce sera Sur l’autre rive d’Emmanuel Grand.
PB : Si vous en avez un, quel est votre rituel d’écriture ?
JML : Aucun. En revanche, certaines conditions me sont indispensables. Je consacre la matinée à m’occuper de l’intendance afin de me libérer de toute contrainte. Puis, je m’isole. Et, lorsque je me mets à écrire, plus rien n’existe jusqu’à « pas d’heure ». J’en oublie parfois de me nourrir. Je ne mène pas une vie très saine quand j’écris intensément.
PB : Êtes-vous sensible à la critique ?
JML : Non. J’écris comme je sais le faire et comme j’ai envie de le faire. S’il y avait une forme de consensus faisant état de la mauvaise qualité de mon travail je n’hésiterais pas à le remettre en question. Mais ce n’est fort heureusement pas le cas.
En revanche, j’exècre la méchanceté et la médiocrité de certains critiques professionnels.
PB : Pensez-vous que l’écrivain a un rôle à jouer dans nos sociétés ?
JML : J’écris des fictions qui n’ont pas d’autres buts que de divertir. La très grande majorité des romans publiés sont dans ce cas, je pense.
Ensuite, il y a les auteurs dont les ouvrages, même romancés, sont des témoignages d’une époque ou bien d’évènements historiques. Ceux-là entretiennent la mémoire indispensable ou bien participent, a posteriori, à faire œuvre de justice. Et puis, il y a ceux qui publient des manifestes artistiques, politiques, sociétaux ou philosophiques. Ceux-là suscitent des débats et des controverses qui sont de nature à influencer l’évolution de nos sociétés. Racée de Rachel Khan entre dans cette catégorie.